« Rendez-vous en terre inconnue », homélie du Père Maxime pour l’Epiphanie.

L’Evangile d’aujourd’hui se présente comme un conte merveilleux.

Un conte, ce n’est pas une histoire pour endormir les enfants, mais c’est la vie réelle mise en images, pour que nous puissions en deviner le mystère et en découvrir la saveur. Entendre ou lire un conte, c’est comme faire un voyage en terre inconnue pour redécouvrir, avec des yeux neufs, la terre qui est la nôtre et qu’on croyait connaître, mais qui se révèle tout à coup beaucoup plus belle et plus passionnante qu’on croyait !

L’histoire des « mages » qui nous est contée aujourd’hui est de cette nature, car elle réserve aux protagonistes comme aux lecteurs que nous sommes, une heureuse surprise. Aussi pourrait-on l’appeler, à l’instar de celle belle émission de télé que nous aimons tant : « Rendez-vous en terre inconnue » ! Il y est question, en effet, d’un voyage et d’un rendez-vous tout à fait surprenants… en terre totalement inconnue !  

Trois personnages mystérieux, considérés comme des « mages » – c’est-à-dire non pas des magiciens mais des êtres qui cherchent à déchiffrer le sens des événements – … ces trois personnages donc, se mettent en route un beau matin, propulsés de chez eux par la vision d’un signe dans le ciel. Ce signe les trouble car il est à la fois annonciateur d’un changement et peut-être même d’un bouleversement du monde. Mais il est peut-être aussi annonciateur de l’avènement d’un homme providentiel qui pourra répondre aux menaces qui qui pèsent sur le monde.

Formatés par leurs préjugés ancestraux, où aller chercher un tel homme, sinon dans le palais d’un roi ? C’est ainsi qu’ils débarquent à Jérusalem, la capitale, à l’entrée du palais d’Hérode. Or, à l’instant-même, l’étoile qui les avait conduits jusque-là, s’éteint brutalement et obscurcit leur marche. Ils sont perdus ! Il ne suffit pas de se mettre en route, encore faut-il se laisser surprendre…

Ce vieux renard d’Hérode, jaloux de son pouvoir, va leur indiquer toutefois une piste qui se révèlera intéressante. Car tout Hérode qu’il est, il craint Dieu et fréquente les Ecritures… « C’est à Bethléem, disent-elles, que doit naître le libérateur d’Israël ! » Au moment où ils s’y rendent, l’étoile réapparaît ! Mais quelle sera leur surprise lorsqu’elle les conduira vers une simple maison où ils trouvent un enfant pauvre, entre les bras de sa mère… Alors ils tombent à genoux… Il faudrait dire plutôt qu’ils tombent à la renverse !

Tout à coup, c’est leur cœur qui se met à fondre devant la rencontre qu’ils viennent de faire. La libération du peuple ne dépendra pas d’un homme providentiel et puissant, mais elle leur est offerte par les mains vulnérables et désarmées d’un petit enfant… en tout point semblable à nous, comme nous, « avec nous » !

Beaucoup de « mages » modernes aujourd’hui sont en recherche. Le signe imprévu du coronavirus a bouleversé toutes les donnes : sanitaires, économiques, sociales et culturelles. Tout a basculé dans la crise. Alors les nations attendent fébrilement le remède-miracle, la solution-miracle et pourquoi pas l’homme-miracle ! A coups de milliards, à coup de confinements, puis à coups de vaccins on finira bien par le terrasser ce maudit virus ! C’est en tout cas ce que nos préjugés ancestraux nous ont appris… Oui, peut-être ! Oui, sans doute ! Mais il ne faudrait pas oublier l’essentiel.

Qu’aurons-nous appris de toute cette dramatique histoire ? Qu’aurons-nous découvert au creux de notre dénuement et de notre vulnérabilité ? Le recours à la puissance et à l’argent pour tout faire revenir comme avant ? Comme au bon vieux temps du gaspillage à outrance, de l’exploitation éhontée des pauvres et du mépris de l’humain ?

Laissons-nous plutôt « dérouter », comme les mages de l’évangile qui sont repartis chez eux « par un autre chemin ! »… Laissons-nous dérouter par la voix des écritures qui nous murmurent : « C’est dans la petite Bethléem que vous trouverez la source de votre libération ! ». Pourquoi la petite Bethléem ? Parce que ce nom signifie « la maison du pain partagé »… et donc la solidarité. Laissons-nous guider aussi par la petite voix qui monte de notre conscience – notre conscience personnelle et collective – et qui nous murmure elle aussi : « Attends ! C’est le temps du changement. Le moment est venu de quitter ton petit pré-carré, tes acquis, tes petits habitudes… et de rejoindre le grand fleuve d’amour qui a jailli du cœur de Dieu aux origines du monde et qui se donne aujourd’hui par les mains d’un petit enfant ! »

C’est le message que nous livre François, notre pape, dans un beau livre qui vient de paraître et qui s’intitule : « Un temps pour changer ». Lisez-le, offrez-le à vos proches, à vos enfants, à tous les « mages » de votre connaissance. Car il nous parle du cadeau de Dieu qui vaut plus que tous les ors, tous les parfums et tous les encens du monde. Il nous dit : « Viens, parlons, osons rêver ! »… Oui, nous avons le droit de rêver à nouveau nos existences et le destin du monde. Nous ne sommes pas obligés de rester prisonniers des vieux schémas pourris d’un monde en décomposition, mais l’étoile de l’Epiphanie nous invite au contraire, à retrouver la fraîcheur et la joie qui émanent à la fois de l’évangile et du plus profond de notre cœur. Ne l’oublions pas, il est créé et recréé à l’image du Dieu de la Vie !

Eglise du Christ Ressuscité à Ronchin, le 3 janvier 2021 – Maxime Leroy.

janvier 3, 2021

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