Le temps de l’Avent est un temps d’espérance, d’attente qui vient bousculer notre activisme ; cette spirale du toujours plus vite ne laissant aucune place à l’ennui qui est pourtant bien nécessaire pour mettre en œuvre la créativité. Le temps de l’Avent permet de nous reconcentrer sur le sens des choses, sur le sens de notre existence, sur le sens de la vie.
Ces derniers jours, j’ai pu assister un concert de gospel à Lesquin, de passer au marché de Noël de l’association « Dix doigts-mille idées », d’aller regarder le film « Le voyage du pèlerin ». J’aurai pu donner des raisons de rester au chaud, avec la fatigue de la semaine. Cependant, ces activités ont été un espace de rencontres, de pause musicale en fermant les yeux pour mieux accueillir les notes de la voix des chanteurs, de se laisser inspirer par le scénario du cinéma, de découvrir le travail accompli pour réaliser des bricolages pour faire plaisir en se disant qu’il y aura eu beaucoup d’heures données pour les réaliser par ces femmes qui ont eu l’idée de se retrouver les vendredis après-midi. Merci pour tout cela !
Je pense souvent que la messe se réalise concrètement à ces moments-là. Oui, c’est là que nous pratiquons notre vie chrétienne. Jésus n’a pas passé son temps dans le Temple de Jérusalem. Il a été un pèlerin sur notre terre et continue son chemin. Il a regardé les artisans, les bergers, les cultivateurs, les pêcheurs, et s’est inspiré de leur vie pour parler d la vie du Père, de son royaume. Il a écouté le chant des priants mais aussi celui des simples gens.
Jésus a écouté et a entendu. Il a regardé et vu. Il est venu et nous invite à aller avec Lui. Notre évêque nous partage sa réflexion en ce temps de l’Avent pour recentrer nos esprits sur la manière que Jésus emploie pour être avec nous et nous inviter à le suivre.
Damien, votre frère curé
L’eucharistie, le Christ nous appelle.
« Il vient ! », telle est l’annonce joyeuse du temps de l’Avent.
Dieu vient !
Dans le mystère de la foi chrétienne, nous croyons que Dieu est déjà venu, qu’il vient et qu’il reviendra rejoindre sa création. Le Seigneur est venu au monde pour le sauver et l’accueillir dans son Amour. Le grand cercle du bienheureux et éternel Amour Trinitaire du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint s’ouvre pour nous rejoindre et nous emporter dans sa vie ! Le Père a envoyé son Fils et l’Esprit-Saint jusqu’à nous, pauvres pécheurs, pour nous guérir de la blessure du mal et nous donner sa vie.
Le temps de l’Avent célèbre les trois venues du Christ dans notre monde.
- La venue du Christ, il y a plus de 2000 ans, quand Jésus a pris naissance à Bethléem pour accomplir sa mission jusque la Passion à Jérusalem.
- La venue du Christ aujourd’hui, quand le Ressuscité en chaque instant se fait présence d’Amour dans nos vies, dans l’Église et dans le monde.
- Sa venue à venir, quand, à la fin des temps, le Christ révèlera sa Seigneurie universelle au monde et manifestera d’une manière éclatante la justice et la miséricorde de Dieu.
Ces trois venues du Christ que le temps liturgique de l’Avent invite à méditer, l’Église les célèbre dans le sacrement de l’eucharistie.
Dans la prière eucharistique, après que le prêtre a prononcé la prière de consécration et présenté aux fidèles le pain et le vin devenus le Corps et le Sang du Christ, l’assemblée est invitée à proclamer le ‘grand mystère la foi’. Elle chante alors ce qu’on appelle l’anamnèse, c’est-à-dire la proclamation de la mémoire de Jésus : « Nous annonçons ta mort, Seigneur Jésus, nous proclamons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire ». Dans chaque célébration de l’eucharistie, l’assemblée fait ainsi mémoire de la vie passée de Jésus, elle dit sa foi en sa présence aujourd’hui, et elle annonce l’espérance de son retour. Dans l’eucharistie, la venue de Jésus mort et ressuscité s’actualise dans l’Église.
Chaque dimanche, l’Église et les disciples sont convoqués par le Christ Sauveur au rendez-vous de sa venue d’Amour. Le Seigneur qui vient à nous appelle ses disciples à venir à Lui pour vivre de Lui, par Lui et en Lui.
Le mot de l’hébreu biblique ‘Qahal’, habituellement traduit par ‘ecclésia’, veut dire ‘assemblée’. Cependant, il y a aussi, plus précisément, dans ‘Qahal’, l’idée d’une convocation. Cela laisse entendre que l’Église, Peuple de Dieu, ne se rassemble pas d’abord par sa seule volonté, selon son initiative. Les chrétiens ne se rassemblent pas seulement le dimanche parce qu’ils sont heureux de se retrouver et de partager ensemble. Ils se rassemblent d’abord pour répondre à la convocation qui leur est faite par le Christ Ressuscité Lui-même. Ils disent oui à son invitation. Depuis ses apparitions au milieu des apôtres dans les évangiles, le Seigneur ressuscité convoque ses disciples à le rejoindre ‘au Jour du Seigneur’, le premier jour de la semaine. Chaque dimanche, l’Église est convoquée par le Seigneur à se rassembler pour recevoir sa vie. L’Église vient au rendez-vous de Jésus.
Au temps de Jean Baptiste, selon les récits des évangiles, de grandes foules sont venues dans le désert, depuis tout le territoire de la Judée, pour écouter la parole fulgurante du prophète qui les exhortait à la conversion pour se préparer à la venue du Messie. Aujourd’hui, des foules de disciples et de chercheurs de Dieu, venues de tous les continents, se rassemblent dans les églises du monde à l’appel de Jésus pour recevoir le don de sa vie et se convertir à son Évangile. A chaque messe, le Christ relie les disciples au Père dans l’unité fraternelle de son Corps, grâce à l’écoute de sa Parole et la communion à son Pain de vie dans le lien de l’Esprit.
Le corps eucharistique du Christ qu’est l’Église déborde les limites des petites communautés ecclésiales paroissiales. Dans le Christ, chaque communauté est unie aux églises du monde dans une extraordinaire diversité. Dans l’eucharistie, elles s’unissent aussi à la louange du ciel qui rassemble dans le même Hosanna, les anges, les saints et les saintes de Dieu. Tous alors forment l’Église invisible, le Corps mystique du Christ dans lequel sont unis tous ses membres d’hier et d‘aujourd’hui, répandus sur la terre entière et dans le ciel de Dieu. Chaque assemblée eucharistique, qu’elle soit petite ou nombreuse, riche ou pauvre en moyens, jeune ou âgée, est une manifestation de l’unique Corps du Christ en un temps et un lieu donné.
Le Christ Vivant est l’Acteur premier de l’eucharistie. C’est Lui qui convoque, rassemble, se donne en nourriture dans la Parole et le pain et le vin, prie et rend grâce au Père, et envoie ses disciples témoigner de Lui. Dans la célébration de l’eucharistie, l’Église reçoit la grâce d’un décentrement d’elle-même pour se recevoir de Jésus et vivre de Lui. Ce décentrement vers le Christ qui agit se manifeste dans l’altérité du prêtre qui préside l’assemblée au nom de Jésus, et, qu’habituellement, la communauté catholique n’a pas choisi, dans la Parole de Dieu proclamée qu’elle reçoit, et dans le rituel qui la déborde et ne lui appartient pas.
Acte premier du Christ, la célébration de l’eucharistie est aussi l’œuvre de toute l’Église. L’assemblée chante sa réponse de foi au Seigneur, sa joie d’accueillir le Sauveur qui la conduit au Père dans l’Esprit. Tous les baptisés ont une part active dans la célébration, chacun à sa manière : les lecteurs, ceux qui apportent les offrandes, ceux qui donnent la communion… et le peuple tout entier qui manifeste sa participation dans ses répons, sa prière et son Amen.
Participer au rendez-vous de l’Amour du Christ est essentiel à la vie chrétienne. Car l’eucharistie n’est pas seulement la pratique d’un rite, mais un acte de renouvellement pour l’être chrétien. L’eucharistie, comme les sacrements, fait de nous des chrétiens. Les personnes en quêtes spirituelles qui entrent aujourd’hui dans les églises, attirées par l’assemblée qui célèbre l’eucharistie, comprennent intuitivement et spirituellement que l’eucharistie rassemble symboliquement tous les aspects de la vie chrétienne. En elle, se découvrent toutes les dimensions de la foi, telles que l’hospitalité aux frères et sœurs, l’écoute de la Parole, la proclamation de la foi, la prière pour le monde, la communion spirituelle, la charité fraternelle, et l’envoi en mission. L’eucharistie, ‘source et sommet de l’Église’, témoigne de ce qu’est la vie chrétienne et invite les croyants à en être des témoins par la suite chaque jour.
Dans les déserts spirituels de notre époque, le sacrement de l’eucharistie est une oasis dans laquelle des chercheurs de Dieu peuvent venir librement désaltérer leurs soifs à la source vivifiante qu’est la présence de Jésus mort et ressuscité. Le chemin de renouvellement missionnaire de notre diocèse encourage nos communautés à vivre avec joie l’hospitalité pour toutes ces personnes qui franchissent le seuil de nos églises. Les ‘fraternités’ dans lesquelles les nouveaux venus peuvent être accueillis favorisent des relations de confiance et de joie qui préparent l’assemblée eucharistique à vivre l’hospitalité au nom de Jésus. Amen.
+ Laurent LE BOULC’H Archevêque de Lille