Chers frères et sœurs en Christ,
La semaine dernière, nous avons reçu la méditation de Mgr Laurent Le Boulc’h, notre évêque, sur la manière que Notre Seigneur utilise pour être avec nous. C’est son désir le plus intime. L’aimant a toujours besoin d’être avec l’aimé(e). « Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il nous a donné son Fils ! » (Evangile selon St Jean 3, 16a). Le temps de l’Avent, nous invite à nous réveiller, à nous convertir au mystère de l’Incarnation. Dieu s’est fait homme en Jésus, le Fils de Dieu. Les apôtres et les premières communautés chrétiennes ont scrutés dans les Ecritures (ce que nous appelons aujourd’hui l’Ancien Testament) ce qui annonçait la venue de Dieu en notre chair. Cela en méditant ce dont ils avaient été les témoins, la prédication et les actes de Jésus, sa mort sur la croix et sa résurrection. La rédaction des Evangiles est un témoignage de la foi des disciples et non un récit journalistique.
Découvrons ensemble, la seconde méditation de notre évêque qui nous plonge dans la vie donnée de Jésus par amour pour nous.
Damien, votre frère curé
2. L’eucharistie, le Christ se donne.
Dans le temps de l’Avent, l’Église contemple les signes qui annoncent la naissance du Fils de Dieu dans le peuple d’Israël. Ces signes nous aident à nous préparer à célébrer la fête de la nativité de Jésus.
La vie de Jésus qui s’annonce dans ces signes n’a rien d’une vie facile. Si l’existence terrestre de Jésus est traversée de grandes joies, elle est aussi blessée par des souffrances inouïes. Elle est essentiellement orientée par le passage de la mort à la résurrection.
Le mystère pascal de la mort à la vie de Jésus est au cœur du sacrement de l’eucharistie. En chaque eucharistie, le don de Jésus mort et Ressuscité s’actualise dans l’Église.
Pour comprendre ce mystère, il est bon de méditer le don d’amour sauveur de Jésus. Dans un acte d’obéissance à la volonté d’amour de son Père, Jésus a accepté librement de donner sa vie au monde. Pour nous sauver, Jésus, l’innocent et le juste de Dieu, a subi le châtiment atroce de la crucifixion.
Jésus ne s’est pas dérobé à sa mission de salut. Sur la croix, l’Amour qu’est Dieu s’est confronté en lui au mal le plus radical et le plus extrême qui soit, et il en est sorti vainqueur. Face au mal, Jésus n’a pas plié. Il a refusé la tentation de céder au mal contre le mal. Le mal n’a eu aucune emprise sur lui. Et le malin s’est épuisé devant l’endurance de Jésus. Pour la première fois alors dans l’histoire de l’humanité, un homme, parce qu’il est Fils de Dieu rempli de l’Esprit Saint, a dominé totalement le mal, ne mettant aucune entrave à la perfection de l’amour de Dieu en lui. Il a libéré en lui la voie à la toute-puissance de vie qu’est l’Amour de Dieu. Et l’Amour qu’est Dieu a fait tout son ouvrage en Lui. Le Père a ressuscité Jésus d’entre les morts dans la puissance de l’Esprit. Le Christ est le vainqueur du péché, du mal et de la mort !
Devant la croix de Jésus, nous prenons conscience de la démesure du prix de notre salut. Jésus, le Fils de Dieu, s’est laissé crucifier dans un abandon total à l’amour du Père qui ressuscite, et cela par amour pour nous. Le Crucifié ressuscité a offert sa vie pour notre salut. Ce salut est donné une fois pour toutes. Jamais plus, le Christ Vivant ne réitérera le passage par la croix. Sa victoire est totale. Sur la croix, le malin a fait feu de toutes ses armes contre Jésus, mais il a été défait par lui. Et, si la victoire de Jésus ne s’est pas encore manifestée au monde dans toute sa puissance, elle est déjà définitive. Sa pleine délivrance nous sera révélée à la fin des temps.
Dans le sacrement du baptême, que se préparent à recevoir nos frères et sœurs catéchumènes, les disciples de Jésus sont plongés dans cette victoire du Christ sur le mal et la mort. Dans la puissance du pardon, l’amour juste et miséricordieux de Dieu en Jésus interrompt en eux la spirale infernale du mal et de la mort.
Le passage du Christ de la mort à la vie s’actualise en chaque eucharistie. Quand l’Église célèbre l’eucharistie, elle fait mémoire de la mort et de la résurrection de son Seigneur. « Faites cela en mémoire de moi ». Elle ne s’en souvient pas seulement comme d’un évènement lointain, elle le reçoit dans son présent.
Dans son dernier repas, la Cène, Jésus a anticipé l’offrande de sa personne à ses disciples en leur partageant son corps et son sang dans le pain et le vin. Ce don de salut est si vital qu’avant sa crucifixion, Jésus a confié à ses apôtres le moyen pour l’Église de communier ici-bas à sa vie donnée dans l’eucharistie. En chaque eucharistie, le signe de Jésus mort et ressuscité se donne à nous. Le mystère pascal de Jésus nous révèle que la vie ne s’accomplit pleinement que lorsqu’elle se donne. La personne totalement donnée de Jésus, et donc pleinement épanouie dans l’Amour plus fort que la mort, se communique en nous dans l‘eucharistie. La vie de Jésus nous est offerte, et elle nous appelle à la vie.
En communiant au Christ qui nous offre sa vie, le mouvement pascal de sa vie donnée s’actualise en nous. Vivre, c’est alors offrir notre vie comme Jésus l’a offerte au Père et aux hommes pour leur salut. Dans l’eucharistie, l’Église se reçoit de son Seigneur pour la vie du monde, et chaque baptisé se voit appelé, à son tour, à offrir sa vie pour l’amour de Dieu et l’amour des hommes. La prière eucharistique n°4 rappelle cette vocation : « Accorde à tous ceux qui vont partager ce Pain et boire à cette Coupe d’être rassemblés par l’Esprit Saint en un seul corps, pour qu’ils deviennent eux-mêmes dans le Christ une vivante offrande à la louange de ta gloire ».
L’Eucharistie est la source et le modèle du don de soi. Nous rendons grâce le Seigneur qui se donne au monde dans le Fils et l’Esprit Saint. Ce don s’actualise pour nous dans le corps rompu et le sang versé de Jésus. Il nous entraine, à sa suite, à vivre notre vie comme un don pour Dieu et pour les autres. Les disciples de Jésus qui participent à l’eucharistie deviennent des hommes et des femmes du don. « La charité n’est pas une voie facultative mais le critère du vrai culte » (Léon XIV ‘Dilexi te’ n°2).
Dans une homélie, le pape François s’est ainsi émerveillé devant ce don de l’amour. « Que de mamans, que de papas, avec le pain quotidien, coupé sur la table de la maison, ont rompu leur cœur pour faire grandir leurs enfants, et les faire bien grandir ! Que de chrétiens, comme citoyens responsables, ont rompu leur propre vie pour défendre la dignité de tous, spécialement des plus pauvres, des exclus et des discriminés ! Où trouvent-ils la force pour faire tout cela ? Justement dans l’Eucharistie : dans la puissance d’amour du Seigneur ressuscité, qui aujourd’hui aussi rompt le pain pour nous et répète : Faites cela en mémoire de moi ». (Pape François, Homélie du Corpus Domini, 26 mai 2016).
+ Laurent LE BOULC’H Archevêque de Lille