LE CAREME, UN CHEMIN A LA SUITE DE JESUS POUR ENTRER DANS SA PÂQUE

Écouter et jeûner. Le Carême comme temps de conversion

Chers frères et sœurs !

Le Carême est le temps où l’Église, avec une sollicitude maternelle, nous invite à remettre le mystère de Dieu au centre de notre vie, afin que notre foi retrouve son élan et que notre cœur ne se disperse pas entre les inquiétudes et les distractions quotidiennes.

Tout cheminement de conversion commence lorsque nous nous laissons rejoindre par la Parole et que nous l’accueillons avec docilité d’esprit. Il existe donc un lien entre le don de la Parole de Dieu, l’espace d’hospitalité que nous lui offrons et la transformation qu’elle opère. C’est pourquoi le cheminement du Carême devient une occasion propice pour prêter l’oreille à la voix du Seigneur et renouveler la décision de suivre le Christ, en parcourant avec Lui le chemin qui monte à Jérusalem où s’accomplit le mystère de sa passion, de sa mort et de sa résurrection.

Écouter

Cette année, je voudrais attirer l’attention, en premier lieu, sur l’importance de laisser place à la Parole à travers l’écoute, car la disposition à écouter est le premier signe par lequel se manifeste le désir d’entrer en relation avec l’autre. Dieu Lui-même, se révélant à Moïse depuis le buisson ardent, montre que l’écoute est un trait distinctif de son être : « J’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris » (Ex 3, 7). L’écoute du cri de l’opprimé est le début d’une histoire de libération dans laquelle le Seigneur implique également Moïse, en l’envoyant ouvrir une voie de salut à ses enfants réduits en esclavage.

Un Dieu engageant nous rejoint aujourd’hui aussi avec des pensées qui font vibrer son cœur. Pour cela, l’écoute de la Parole dans la liturgie nous éduque à une écoute plus authentique de la réalité : parmi les nombreuses voix qui traversent notre vie personnelle et sociale, les Saintes Écritures nous rendent capables de reconnaître celle qui s’élève de la souffrance et de l’injustice, afin qu’elle ne reste pas sans réponse. Entrer dans cette disposition intérieure de réceptivité c’est se laisser instruire aujourd’hui par Dieu à écouter comme Lui, jusqu’à reconnaître que « la condition des pauvres est un cri qui, dans l’histoire de l’humanité, interpelle constamment notre vie, nos sociétés, nos systèmes politiques et économiques et, enfin et surtout, l’Église » (Exhortation apostolique Dilexi te, 4 octobre 2025, §9).

Jeûner

Si le Carême est un temps d’écoute, le jeûne constitue une pratique concrète qui dispose à l’accueil de la Parole de Dieu. L’abstinence de nourriture est, en effet, un exercice ascétique très ancien et irremplaçable dans le chemin de conversion. Précisément parce qu’il implique le corps, il rend plus évident ce dont nous avons “faim” et ce que nous considérons comme essentiel à notre subsistance. Il sert donc à discerner et à ordonner les “appétits”, à maintenir vigilant la faim et la soif de justice en les soustrayant à la résignation, en les éduquant pour qu’ils deviennent prière et responsabilité envers le prochain.

Saint Augustin, avec finesse spirituelle, laisse entrevoir la tension entre le temps présent et l’accomplissement futur qui traverse cette garde du cœur, lorsqu’il observe que : « Au cours de la vie terrestre, il appartient aux hommes d’avoir faim et soif de justice, mais en être rassasiés appartient à l’autre vie. Les anges se rassasient de ce pain, de cette nourriture. Les hommes, en revanche, en ont faim, ils sont tous tendus vers le désir de celui-ci. Cette tension dans le désir dilate l’âme, augmente sa capacité » (Saint Augustin, L’utilité du jeûne, 1, 1). 

Le jeûne, compris dans ce sens, nous permet non seulement de discipliner le désir, de le purifier et de le rendre plus libre, mais aussi de l’élargir de manière à ce qu’il se tourne vers Dieu et s’oriente à accomplir le bien.

Cependant, pour que le jeûne conserve sa vérité évangélique et échappe à la tentation d’enorgueillir le cœur, il doit toujours être vécu dans la foi et l’humilité. Cela exige de rester enraciné dans la communion avec le Seigneur parce que « personne ne jeûne vraiment s’il ne sait pas se nourrir de la Parole de Dieu ». (Benoît XVI, Catéchèse, 9 mars 2011). En tant que signe visible de notre engagement intérieur à nous soustraire, avec le soutien de la grâce, au péché et au mal, le jeûne doit également inclure d’autres formes de privation visant à nous faire acquérir un mode de vie plus sobre, car « c’est l’austérité seule qui rend authentique et forte notre vie chrétienne ». (Saint Paul VI, Catéchèse 8 février 1978).

Je voudrais donc vous inviter à une forme d’abstention très concrète et souvent peu appréciée, celle des paroles qui heurtent et blessent le prochain. Commençons par désarmer le langage en renonçant aux mots tranchants, aux jugements hâtifs, à médire de qui est absent et ne peut se défendre, aux calomnies. Efforçons-nous plutôt d’apprendre à mesurer nos paroles et à cultiver la gentillesse : au sein de la famille, entre amis, dans les lieux de travail, sur les réseaux sociaux, dans les débats politiques, dans les moyens de communication, dans les communautés chrétiennes. Alors, nombre de paroles de haine laisseront place à des paroles d’espoir et de paix.

Ensemble

Enfin, le Carême met en évidence la dimension communautaire de l’écoute de la Parole et de la pratique du jeûne. L’Écriture souligne également cet aspect de nombreuses façons. Par exemple, lorsqu’elle raconte, dans le livre de Néhémie, que le peuple se rassembla pour écouter la lecture publique du livre de la Loi et, pratiquant le jeûne, se disposa à la confession de foi et à l’adoration afin de renouveler l’alliance avec Dieu (cf. Ne 9, 1-3).

De même, nos paroisses, les familles, les groupes ecclésiaux et les communautés religieuses sont appelés à accomplir pendant le Carême un cheminement commun dans lequel l’écoute de la Parole de Dieu, tout comme celle du cri des pauvres et de la terre, devienne une forme de vie commune et dans lequel le jeûne soutienne une authentique repentance. Dans cette perspective, la conversion concerne, outre la conscience de chacun, le style des relations, la qualité du dialogue, la capacité à se laisser interroger par la réalité et à reconnaître ce qui oriente véritablement le désir, tant dans nos communautés ecclésiales que dans l’humanité assoiffée de justice et de réconciliation.

Biens aimés, demandons la grâce d’un Carême qui rende notre oreille plus attentive à Dieu et aux plus démunis. Demandons la force d’un jeûne qui passe aussi par la langue, afin que diminuent les paroles qui blessent et que grandisse l’espace pour la voix de l’autre. Et faisons en sorte que nos communautés deviennent des lieux où le cri de ceux qui souffrent soit accueilli et où l’écoute engendre des chemins de libération, nous rendant plus prompts et plus diligents à contribuer à l’édification de la civilisation de l’amour.

Je vous bénis de tout cœur ainsi que votre cheminement de Carême.

LÉON PP. XIV

Du Vatican, le 5 février 2026,

 Mémoire de sainte Agathe, vierge et martyre.

1er Dimanche : Résister !

En ce premier dimanche de notre Carême, j’ajoute le pilier de la prière qui doit trouver plus d’espace dans notre quotidien, sous toutes les formes qui nous conviennent : silencieuse dans l’oraison ou l’adoration, vive dans la louange et les chants liturgiques, méditative dans les prières de l’Eglise et le chapelet, ou encore d’intercession pour porter les difficultés ou les grâces reçues.

Ce qui aide Jésus dans l’épreuve des tentations, c’est sa communion avec Dieu, le Père, sûr de son amour et fort de la foi donnée qui permet de résister dans le combat contre le mal. Résister me fait penser à un film magnifique qui devait sortir sur les écrans en 2020 et qui relate des faits réels. Il s’agit de « Résistance ». Le Covid a empêché sa diffusion. Il évoque comment un jeune juif nommé Marcel Mangel va entrer dans la résistance pour sauver des enfants orphelins juifs en les évacuant d’abord en France libre, puis en Suisse, malgré les persécutions de la Gestapo de Lyon dirigé par Klaus Barbie. Ce jeune a pris comme nom de résistant Marcel Marceau. C’est par le mime qu’il aide les enfants à reprendre confiance. Il deviendra ensuite cet artiste connu dans le monde entier, influençant même un certain Michaël Jackson.

Résister est toujours d’actualité et le Carême est notre espace d’entrainement pour savoir dépasser tout ce qui dévalorise notre humanité appelée à être divinisée en Dieu. C’est pourquoi notre Vivre Ensemble est un enjeu essentiel. Ce dimanche, il me semble important d’entendre le témoignage de celles et ceux qui rejoignent les personnes incarcérées dans les centres de détention. Voici le témoignage d’une détenue, Justine (propos recueillis par Aurore de Neuville, journaliste et parus dans le Prions en Eglise du mois de février, page 270) :

« Pour traverser l’ombre de la vie carcérale et supporter ma condition, j’ai choisi la foi. Une foi qui m’a toujours animée, mais qui se redessine pour tracer un chemin vers la liberté intérieure. Croyante et pratiquante de longue date, à mon arrivée en détention, je ne m’estimais plus digne de l’amour de Dieu. J’ai néanmoins sollicité la visite de l’aumônier. Quand celui-ci est entré dans ma cellule, les paroles du Christ « je suis la porte » ont pris tout leur sens. Aussitôt, j’ai su que Dieu serait à mes côtés dans cette épreuve. Il m’a envoyé les personnes formidables de l’aumônerie, avec lesquelles je partage ma foi lors du cercle biblique hebdomadaire et des messes, et auprès desquelles je trouve une tendresse fraternelle si réconfortante. Parallèlement, j’ai développé une relation plus intime avec le Seigneur. J’ai appris à l’accueillir. Il me donne la force non seulement de survivre, mais aussi de continuer à vivre d’amour et d’espérance. Je prie. Plus que jamais. Différemment. Et Prions en Eglise m’est devenu indispensable. Il inspire ma « petite messe personnelle » qui apaise mes soirées solitaires. Je suis le déroulé de la liturgie et recompose chaque jour mon rituel. J’aime particulièrement agrémenter ce moment de nombreux chants (ouverture, Kyrie, envoi…) découpés au fil du temps dans le magazine et collés dans un carnet qui porte en couverture l’adage de saint Augustin : « Qui chante bien, deux fois prie ». A cela, je mêle mes propos mots, dans un cœur à cœur avec Dieu et la Vierge Marie. Quand je fais défiler les pages de mon carnet, c’est mon chemin de foi qui se dessine, et les traces de mes pas dans ceux du Christ. L’autre rendez-vous est la messe du Jour du Seigneur. Je prends des notes de l’homélie, j’y ajoute les réflexions tirées des commentaires de Prions en Eglise ; et je remplis la colonne du dimanche dans mon agenda. De quoi guider ma semaine ! »

Bon Carême à vivre ensemble ! Bien à vous en Christ !

Damien, votre frère curé

2ième Dimanche : Révéler !

Le premier dimanche de carême nous conduit dans l’aridité, le désert. Ce lieu des manques, de l’épreuve, de la résistance est en fait là pour préserver notre humanité et surtout laisser Dieu nous emmener vers sa divinité en son Fils Bien-Aimé, Jésus le Christ. En ce deuxième dimanche, la montagne est l’espace de la rencontre biblique depuis la genèse, depuis Abraham, Moïse, Elie. Ces deux derniers sont présents dans la vision lumineuse du Christ transfiguré. Les trois disciples, Pierre, Jean et Jacques sont les spectateurs de la révélation de la divinité de Jésus, le Fils de Dieu. Tout est en place !

En ces jours où les avertis du cinéma remettent les prix en France et bientôt aux Etats-Unis, le parallèle avec Dieu est possible. Si les théologiens établissent des récompenses, Jésus est le meilleur acteur sans aucune opposition. Il gagne aussi la meilleure révélation pour l’éternité. Le Père reçoit les prix pour le meilleur scénario et la meilleure réalisation pour les siècles des siècles, sans oublier ceux du décor pour la création, des effets spéciaux pour les miracles avec la collaboration de l’Esprit Saint. Les résultats secondaires sont bien-entendu pour les saints et les saintes de Dieu, en commençant par une récompense spéciale pour la Vierge Marie.

En évoquant les 3 apôtres de notre Evangile de ce dimanche, je les ai placés comme spectateurs. De fait, c’est vrai pour la vision du transfiguré. Cependant, ils sont aussi acteurs ; dans le déplacement, celui de l’ascension de la montagne, dans le regard posé sur la scène, dans l’intention déséquilibrée de vouloir dresser un campement pour les citoyens des cieux, dans l’écoute de la voix du Père, dans la crainte née d’être enveloppés par la nuée. Ils ne sont pas que des figurants pour remplir les espaces de la scène. Et nous ?

Dans notre chemin à la suite de Jésus pendant ce carême, accompagnant les catéchumènes qui s’avancent vers leur initiation aux sacrements du Christ, mort et ressuscité, nous sommes également des acteurs. Saint Paul, dans la lettre aux Romains, nous dit :

« En effet, tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire. J’estime, en effet, qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous. En effet, la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. »

(Romains 8, 14-19)

Ainsi en nous ajustant au Christ, au Fils de Dieu, nous accomplissons notre rôle dans le mystère de la volonté du Père. En devenant des frères et des sœurs en Jésus, nous devenons des fils et des filles adoptés par le Père, justifiés par l’Esprit-Saint. Chacun et chacune de nous, et aussi ensemble, cherchons notre vocation dans l’avènement du Royaume des cieux !

Bon Carême à vivre ensemble ! Bien à vous en Christ !

Damien, votre frère curé

3ième Dimanche : Désaltérer !

Après le désert et la montagne, notre chemin avec Jésus nous donne de nous arrêter auprès d’un puits, celui connu sous le nom de Jacob. C’est le temps d’une pause, d’une rencontre en vis-à-vis entre Jésus et une femme, une Samaritaine. C’est l’heure la plus chaude, les apôtres sont partis au village pour y trouver le nécessaire pour un repas avant de poursuivre la route. Jésus s’est assis sur le bord du puits, seul ! Une femme arrive avec sa cruche. Si elle fait cela à cette heure, c’est pour s’isoler des autres du village, des critiques, des préjugés. L’étonnement l’a saisi. Il y a un homme, un étranger, un juif ! Elle cultive aussi en elle des préjugés. Jésus rompt le mur en lui demandant à boire. L’amorce d’un dialogue qui ira dans des profondeurs bien plus grandes que celles du puits. Une conversation sur le mystère de l’un et de l’autre, de celui des pratiques religieuses, de la foi et de la vie de cette femme qui en devient à la suite une messagère pour tous les habitants du village qu’elle évitait auparavant.

D’une demande toute simple : « Donne-moi à boire ! » Jésus va à la source, au cœur même de cette femme et l’abreuve par le don de son être. Il l’a désaltère ! Altérer, c’est abîmer un bien ! Le préfixe « Dés » renverse l’action du mal. Jean de la Fontaine use du mot dans la fable du loup et de l’agneau. La morale est pourtant bien différente de l’évangile. Dans la bible, le verbe apparaît plusieurs fois Dans le livre des Proverbes : « Une personne généreuse deviendra prospère ; qui donne à boire sera lui-même désaltéré. » (Pr 11, 25) C’est parfois la promesse de Dieu comme dans le livre d’Isaïe (43, 20) de faire couler un fleuve dans le désert pour désaltérer mon peuple. Le psaume 77, parle de l’action de Dieu qui fend le rocher du désert (Ps 77, 15). Le prophète Jérémie annonce que Dieu va désaltérer l’âme qui défaille (Jr 31, 25). Il ne faut pas oublier Saint Paul qui l’utilise dans sa première lettre aux Corinthiens : « Tous nous avons été désaltérés par un unique Esprit ». (1Co 12, 13b). Comprenons que l’eau de la vie dont parle aussi l’apocalypse au chapitre 22, c’est le Christ, le don du Père, la grâce agissante en l’Esprit-Saint !

En ce dimanche commence le cycle des scrutins pour les catéchumènes. La symbolique de l’eau qui sera un des éléments majeurs du baptême. Ils la recevront lors de la Vigile Pascale. Elle est aussi pour nous un renouvellement d’adhésion au Christ Passionné sur la Croix – Ressuscité dans la Plénitude de la Vie. L’eau est majeure pour que la vie se diffuse, depuis l’eau de la gestation de tout humain jusqu’à celle qui coule du côté transpercé de Jésus mort par amour pour nous. Juste avant de remettre sa vie, il nous interpelle en disant : « J’ai soif » (Jean 19, 28) pour que tout s’accomplisse. Jésus a soif de chacun de nous, de notre vie avec tous ses affres, mais aussi toutes nos actions d’amour vrai. Relisons cette prière de sainte Mère Teresa qui est en quelque sorte son testament spirituel.

« C’est vrai ! Je me tiens à la porte de ton cœur, jour et nuit. Même quand tu ne m’écoutes pas, même quand tu doutes que cela puisse être moi, je suis là. J’attends le plus petit signe de réponse de ta part, le plus léger murmure m’invitant à entrer. Et je veux que tu saches que chaque fois que tu m’inviteras, je vais réellement venir. Je serai toujours là sans faute. Silencieux et invisible, je viens avec l’infinie puissance de mon amour. Je viens, apportant tous les dons de mon Esprit Saint. Je viens avec ma miséricorde, avec mon désir de te pardonner, de te guérir, avec tout l’amour que j’ai pour toi ; un amour au-delà de tout ce que tu peux comprendre, un amour aussi grand que celui que j’ai reçu du Père. « 

Comme le Père m’a aimé, je vous ai aimés. » Je viens, assoiffé de te consoler, de te donner ma force, pour te relever, t’unir à moi, et panser toutes tes blessures. Je t’apporte ma lumière pour dissiper toutes les ténèbres et tous les doutes de ton cœur. Je viens avec ma puissance, afin de te porter toi-même et de porter tous tes fardeaux. Je viens avec ma grâce pour toucher ton cœur et transformer ta vie. Je viens avec ma paix pour apaiser ton âme. Je te connais entièrement. Je sais tout de toi. Tous tes cheveux sont comptés. rien de ta vie n’est sans importance à mes yeux. Je t’ai suivi pendant toutes ces années, et je t’ai toujours aimé, même lorsque tu étais sur des chemins de traverse. Je connais chacun de tes problèmes. Je connais tes besoins et tes soucis. Je connais tous tes pêchés, et je te le redis : « Je t’aime, non pour ce que tu as ou n’as pas fait. Je t’aime pour toi-même, pour la beauté et la dignité que mon Père t’a données en te créant à son image et à sa ressemblance. C’est une dignité que tu as peut-être souvent oubliée, une beauté que tu as ternie par le pêché, mais je t’aime tel que tu es et j’ai versé mon sang pour te ramener à Dieu. Si tu me le demandes avec confiance, ma grâce viendra te toucher et et combler. Et je te donnerai ma force pour que tu sois libéré du péché et de son pouvoir destructeur. « Voici que je me tiens à la porte et que je frappe. » Je sais ce qu’il y a dans ton cœur. Je connais ta solitude et tes blessures, les rejets, les jugements et les humiliations que tu as subis. Tout cela, je l’ai porté avant toi et pour toi, afin que tu puisses partager ma force et ma victoire. Je connais tout spécialement ton besoin d’amour.

Combien tu as soif d’être aimé et d’être chéri et combien tu as cherché en vain à assouvir cette soif, dans un amour égoïste, essayant de remplir le vide de ton cœur dans les plaisirs qui passent, avec un vide encore plus grand, celui du pêché. Est-ce que tu as soif ? Venez à moi, vous tous qui avez soif, et je vais vous combler. Est-ce que tu as soif d’être aimé ? Je t’aimerai plus que tout ce que tu peux imaginer. Je t’ai aimé jusqu’au point de mourir sur la Croix pour toi. J’ai soif de toi.

Oui, moi aussi, j’ai soif de toi ! C’est la seule manière dont je peux te dire mon amour pour toi. J’ai soif de toi. j’ai soif de ton amour. J’ai soif d’être aimé par toi. Comme tu es précieux à mes yeux ! J’ai soif de toi ! Viens à moi ! Je vais remplir ton cœur. Je vais soigner tes blessures. Je vais faire de toi une créature nouvelle. Je vais te donner la paix, au cœur même de toutes tes épreuves. J’ai soif de toi. Ne doute jamais de ma miséricorde, du fait que je t’accepte sans cesse, de mon désir de te pardonner, de ma soif ardente de te bénir et de vivre en toi ma propre vie. J’ai soif de toi !

Si tu te crois sans importance aux yeux du monde, peu m’importe. pour moi, il n’y a qu’une chose qui compte : rien n’est plus important dans le monde entier que toi. Il n’y a qu’une seule chose dont je veux que tu te souviennes tout le temps, une seule chose qui ne changera jamais : J’ai soif de toi, tel que tu es. Tu n’as pas besoin de changer pour croire en mon amour qui va te changer. Tu m’oublies, et pourtant je te cherche à chaque instant de ta vie, me tenant à la porte de ton cœur et je frappe. Tu trouves que c’est difficile à croire ? Alors regarde vers la Croix, regarde mon Cœur transpercé pour toi. Regarde vers mon Eucharistie. Tu n’as jamais compris ma Croix ? Alors, écoute encore une fois ce que j’ai dit sur la Croix : « J’ai soif ! » Oui, j’ai soif de toi. J’ai cherché quelqu’un pour combler mon amour et je n’ai trouvé personne. Sois celui-là. J’ai soif de toi, de ton amour. » Mère Teresa (testament spirituel)

Chacun de nous est appelé à vivre cette rencontre particulière comme la Samaritaine. C’est le désir de Dieu, du Christ, notre Sauveur. Favorisons aussi à chacun et chacune de la vivre dans sa vie. Dieu nous attend !

Bon Carême à vivre ensemble ! Bien à vous en Christ !

Damien, votre frère curé

4ième Dimanche : Voir !

Le chemin de Jésus nous donne, en ce quatrième dimanche, de le voir déambuler dans l’enceinte du temple de Jérusalem. A sa sortie de l’esplanade, c’est lui qui voit un homme aveugle-né qui est positionné là pour mendier. Pour les disciples, la question qu’ils posent est de savoir si son aveuglement est lié à son péché ou celui de ses parents. De fait, dans la foi juive, il y a bénédiction sur les générations (1000) si l’on fait le bien et malédiction sur les générations (4) si l’on fait le mal. Jésus invite à regarder, à observer autrement.

Tout l’évangile de saint Jean permet d’être médité par des multiples fils rouge qui tissent la trame principale : La révélation de Dieu en Jésus-Christ, le Verbe en qui, en quoi tout est appel à répondre par la foi en témoignant par notre vie. Celui de la vision est déjà dans le premier chapitre en lien avec la lumière : « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. » (Jean 1, 4-5) « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. » (Jean 1, 14) Le véritable témoin est celui qui a vu. Cependant pas avec ses yeux mais avec ceux de sa foi. Relisez chaque chapitre ainsi et vous verrez ! C’est ce que Jésus dit aux deux disciples qui le suivent : « Venez et vous verrez ! » (Jean 1, 39). Jean le Baptiste en est le modèle pour nous : « Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. » (Jean 1, 34). N’est-ce pas éclairant !

Les chapitres suivant apportent toujours un peu plus de lumière, un peu plus de souhait à dire : je crois ! Depuis Marie à Cana qui a vu le manque de vin, en passant par Nicodème qui vient voir Jésus de nuit, la Samaritaine qui le rencontre à une heure où personne ne vient puiser de l’eau, à la suite de la guérison d’un paralysé un jour de sabbat, la discussion permet à Jésus d’affirmer ceci : « Amen, amen, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même, il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père » (Jean 5, 19). Cette parole sera rappelée lorsque Jésus enseigne les apôtres avant la Passion : « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jean 14, 9). Nous connaissons bien le passage qui suit la résurrection lorsque l’apôtre Thomas est absent quand Jésus apparaît dans la maison où les autres sont réfugiés : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! » (Jean 20, 25). Jésus reviendra particulièrement pour lui : « … cesse d’être incrédule, sois croyant. » (Jean 20, 27) « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » (Jean 20, 29)

L’évangile de ce dimanche peut donc être compris ainsi : Jésus manifeste sa gloire à cet aveugle qui découvre la vue qu’il n’avait pas eu depuis sa naissance. L’homme devient un témoin devant les autres ; ceux qui pensaient le connaître, les pharisiens qui sont enfermés dans une vision étroite. Aucun n’accorde de la crédibilité à ses paroles, même ses parents. Seul Jésus le rejoint et le conforte en l’interpellant à affirmer sa foi en lui. Le dernier verset qui apporte une parole de Jésus nous invite à une belle conversion.

Voir est un essentiel de notre vie. Pourtant, nous naissons tous aveugle. Ce sens de la vue va se développer peu à peu pour le bébé. Pour certains, ce sera difficile et il faut l’aide médicale, mais ce n’est pas toujours possible. Avec l’âge, la vue diminue, parfois jusqu’à la perte totale. Ce drame n’est jamais facile à accepter, à vivre. Une personne me disait récemment que ne plus entendre est pire que celui de ne plus voir. Je peux comprendre cette réaction mais évitons de comparer les malheurs.

En théologie, le verbe « voir » à plusieurs nuances en grec selon le contexte : voir, apercevoir, constater, remarquer, prendre garde, regarder, contempler, rencontrer, … Cela me fait penser à la manière dont l’auteur du scénario d’Avatar fait se rencontrer les créatures : « Je te vois ». C’est à la fois « un bonjour » et un « je te reconnais ». Quand Dieu voit en profondeur : « Je te dis que je t’ai vu sous le figuier, et c’est pour cela que tu crois ! Tu verras des choses plus grandes encore. » (Jean 1, 50) soyons sûr que notre vue est partielle mais que l’on ne voit bien qu’avec le cœur comme le chantait Antoine de Saint Exupéry dans son conte Le Petit Prince. Saint Irénée nous dit que le désir de l’homme est de « voir Dieu » mais que ce face à face n’est possible que dans le ciel. Bien des mystiques ont écrit sur ce sujet. Je pense en particulier à saint Jean de la Croix, carme espagnol et au pasteur Martin Luther King. Méditez ces textes !

Je la connais la source, elle coule, elle court, mais c’est de nuit. Dans la nuit obscure de cette vie, je la connais la source, par la foi, mais c’est de nuit. Je sais qu’il ne peut y avoir de chose plus belle, que ciel et terre viennent y boire, mais c’est de nuit. Je sais que c’est un abîme sans fond et que nul ne peut la passer à gué, mais c’est de nuit. Cette source éternelle est cachée en ce pain vivant pour nous donner la vie, mais c’est de nuit. De là, elle appelle toutes créatures qui viennent boire de son eau, dans l’ombre, car c’est de nuit. Cette source vive de mon désir en ce pain de vie je la vois, mais c’est de nuit.

(Saint Jean de la Croix – Mais c’est de nuit !)

Aujourd’hui, dans la nuit du monde et dans l’espérance j’affirme ma foi dans l’avenir de l’humanité. Je refuse de croire que les circonstances actuelles rendent les hommes incapables de faire une terre meilleure. Je refuse de partager l’avis de ceux qui prétendent que l’homme est à ce point captif de la nuit que l’aurore de la paix et de la fraternité ne pourra jamais devenir une réalité. Je crois que la vérité et l’amour sans conditions auront le dernier mot effectivement. La vie, même vaincue provisoirement demeure toujours plus forte que la mort. Je crois fermement qu’il reste l’espoir d’un matin radieux. Je crois que la bonté pacifique deviendra un jour la loi. Chaque homme pourra s’asseoir sous son figuier, dans sa vigne, et plus personne n’aura plus de raison d’avoir peur.

(Je crois – Martin Luther King)

Bon Carême à vivre ensemble ! Bien à vous en Christ !

Damien, votre frère curé

5ième Dimanche : Vivre !

Voici déjà le 5ième dimanche de ce Carême ! Nous avons choisi ce verbe majeur : VIVRE, comme ligne directrice. Cependant, il résonne comme un impératif dans le cœur de Dieu. Seul Jésus dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra » (Jean 11, 25) et il le répète aux apôtres : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. » (Jean 14, 6). J’ai souvent fait le lien avec un verset de l’intervention de saint Paul auprès des sages d’Athènes : « Car c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Actes des Apôtres 17, 28).

L’évangile de Saint Jean est bien différent de ceux de Matthieu, Marc et Luc. Son témoignage s’éloigne d’un témoignage historique pour être plus orienté vers l’appel à la foi et la réponse que nous y apportons. Je l’ai déjà souligné les semaines précédentes. En ce dimanche, c’est l’appel à croire en la résurrection. Croire n’est pas la suite à des preuves mais viens interpeller notre volonté, notre choix. A Marthe, Jésus l’invite à une profession de foi. Parce qu’elle croit, Jésus peut rejoindre son frère au tombeau. Mais il doit aussi rejoindre Marie dans son deuil. Vous remarquez que Jésus ne lui dit rien. Il accepte son reproche d’absence et il se laisse saisir par son émotion et les pleurs. La mort n’est pas anodine pour Jésus, pour Dieu. Toute mort le touche ! Et en Jésus, il en a fait l’expérience. Mais c’est son amour qui restait le maître de toutes choses. La création peut-elle supprimer Celui qui l’a amené à l’existence ?

Le jeudi qui a suivi le début de notre carême nous a donné d’entendre la Parole de Dieu dans le livre du Deutéronome, lorsque Moïse transmet les dernières paroles à son peuple qui entrera en Terre Promise :

« Je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix, en vous attachant à lui ; c’est là que se trouve ta vie, une longue vie sur la terre que le Seigneur a juré de donner à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob. » (Dt 30, 19-20) Choisir Jésus, c’est recevoir la vie. Une plénitude de vie, en abondance qui abreuve, nourri, transcende, permet d’affronter les épreuves et de les dépasser. Le « Moi, je suis ! » qui se répète dans l’évangile selon saint Jean est la main tendue de Jésus à chacun et chacune d’entre nous, à toute l’humanité. Accrochons-nous à lui et laissons-nous conduire sur les chemins d’éternité où seul l’amour est loi !

Connaissez-vous cette profession de foi – témoignage du P. Van der Borght, « Je crois à la vie éternelle » : Il y a quelque temps, je fus pris à parti par des jeunes qui venaient de vivre un drame : un de leurs camarades était mort subitement sous leurs yeux au cours d’un entraînement de sport. Leur interpellation violente était le signe, au fond, de leur foi en la vie. Confusément peut-être, mais très certainement, ils comprenaient que l’homme n’est pas fait pour la mort, et que l’aventure humaine ne peut pas s’arrêter à ce trou bête qui nous attend au terme de notre existence terrestre. ’’Et Dieu dans tout cela ?’’

Remontaient à ma mémoire les mots que Bernanos met sur les lèvres du Curé de campagne pour consoler la mère de l’enfant morte :’’Il n’y a pas un royaume des morts et un royaume des vivants. Il y a le royaume de Dieu et nous sommes dedans’’. Et je me prenais à penser que dès que, dans un élan d’amour, un homme et une femme se sont tellement aimés que Dieu peut faire jaillir la vie de leur étreinte unitive, cette vie, commencée au secret de la femme, est une aventure qui ne s’achèvera pas et qui s’épanouira au secret du cœur de Dieu. Il y a une croissance cachée quand l’enfant est dans le sein de sa mère. Et l’on peut dire qu’au fond il est heureux dans ce milieu protégé. Il s’épanouit, se nourrit, il grandit, mais il ne sait rien de la beauté des fleurs des champs, des senteurs printanières, du charme d’une musique, de la douceur d’une poésie, de la tendresse vigoureuse d’une amitié. Il vit, certes, et il grandit, mais quelle vie cachée !

Dans le cri de la mère et de l’enfant, voici que cette vie embryonnaire va jaillir, et que la grande aventure de l’homme va commencer. Et à l’autre bout du chemin, c’est le même événement qui se passe : dans le cri de la matrice familiale qui l’enveloppe et dans le cri de l’homme qui vit sa Pâque, une autre vie va commencer, qui ne s’arrêtera jamais.

Pas plus que le fœtus peut connaître quoi que ce soit de la vie de l’homme, que savons-nous de la vie même qui nous attend lorsque nous serons réunis à Dieu, sinon que nous vivrons en lui de la plénitude de sa vie, de tout l’épanouissement de notre amour. Sinon que cette vie doit être merveilleuse pour que les apôtres sur la montagne aient été éblouis lorsque le Fils de l’Homme laisse transparaître quelque chose de la vie du Fils de Dieu.

Nous le sentons, notre vie est infiniment plus précieuse parce qu’elle ne s’arrêtera pas. Demain, dans la gloire, je vivrai l’épanouissement final de mon amour, et c’est pourquoi sur terre, préparant mon lendemain d’éternité, pas à pas, fidèlement, je vivrai ma vie humaine en ensemençant de l’amour pour une moisson de gloire. Car, comme dit Jean de la Croix, ’’Au soir de cette vie, nous serons jugés sur l’amour’’

Bon Carême à vivre ensemble ! Bien à vous en Christ !

Damien, votre frère curé