LE CAREME, UN CHEMIN A LA SUITE DE JESUS POUR ENTRER DANS SA PÂQUE

Écouter et jeûner. Le Carême comme temps de conversion

Chers frères et sœurs !

Le Carême est le temps où l’Église, avec une sollicitude maternelle, nous invite à remettre le mystère de Dieu au centre de notre vie, afin que notre foi retrouve son élan et que notre cœur ne se disperse pas entre les inquiétudes et les distractions quotidiennes.

Tout cheminement de conversion commence lorsque nous nous laissons rejoindre par la Parole et que nous l’accueillons avec docilité d’esprit. Il existe donc un lien entre le don de la Parole de Dieu, l’espace d’hospitalité que nous lui offrons et la transformation qu’elle opère. C’est pourquoi le cheminement du Carême devient une occasion propice pour prêter l’oreille à la voix du Seigneur et renouveler la décision de suivre le Christ, en parcourant avec Lui le chemin qui monte à Jérusalem où s’accomplit le mystère de sa passion, de sa mort et de sa résurrection.

Écouter

Cette année, je voudrais attirer l’attention, en premier lieu, sur l’importance de laisser place à la Parole à travers l’écoute, car la disposition à écouter est le premier signe par lequel se manifeste le désir d’entrer en relation avec l’autre. Dieu Lui-même, se révélant à Moïse depuis le buisson ardent, montre que l’écoute est un trait distinctif de son être : « J’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris » (Ex 3, 7). L’écoute du cri de l’opprimé est le début d’une histoire de libération dans laquelle le Seigneur implique également Moïse, en l’envoyant ouvrir une voie de salut à ses enfants réduits en esclavage.

Un Dieu engageant nous rejoint aujourd’hui aussi avec des pensées qui font vibrer son cœur. Pour cela, l’écoute de la Parole dans la liturgie nous éduque à une écoute plus authentique de la réalité : parmi les nombreuses voix qui traversent notre vie personnelle et sociale, les Saintes Écritures nous rendent capables de reconnaître celle qui s’élève de la souffrance et de l’injustice, afin qu’elle ne reste pas sans réponse. Entrer dans cette disposition intérieure de réceptivité c’est se laisser instruire aujourd’hui par Dieu à écouter comme Lui, jusqu’à reconnaître que « la condition des pauvres est un cri qui, dans l’histoire de l’humanité, interpelle constamment notre vie, nos sociétés, nos systèmes politiques et économiques et, enfin et surtout, l’Église » (Exhortation apostolique Dilexi te, 4 octobre 2025, §9).

Jeûner

Si le Carême est un temps d’écoute, le jeûne constitue une pratique concrète qui dispose à l’accueil de la Parole de Dieu. L’abstinence de nourriture est, en effet, un exercice ascétique très ancien et irremplaçable dans le chemin de conversion. Précisément parce qu’il implique le corps, il rend plus évident ce dont nous avons “faim” et ce que nous considérons comme essentiel à notre subsistance. Il sert donc à discerner et à ordonner les “appétits”, à maintenir vigilant la faim et la soif de justice en les soustrayant à la résignation, en les éduquant pour qu’ils deviennent prière et responsabilité envers le prochain.

Saint Augustin, avec finesse spirituelle, laisse entrevoir la tension entre le temps présent et l’accomplissement futur qui traverse cette garde du cœur, lorsqu’il observe que : « Au cours de la vie terrestre, il appartient aux hommes d’avoir faim et soif de justice, mais en être rassasiés appartient à l’autre vie. Les anges se rassasient de ce pain, de cette nourriture. Les hommes, en revanche, en ont faim, ils sont tous tendus vers le désir de celui-ci. Cette tension dans le désir dilate l’âme, augmente sa capacité » (Saint Augustin, L’utilité du jeûne, 1, 1). 

Le jeûne, compris dans ce sens, nous permet non seulement de discipliner le désir, de le purifier et de le rendre plus libre, mais aussi de l’élargir de manière à ce qu’il se tourne vers Dieu et s’oriente à accomplir le bien.

Cependant, pour que le jeûne conserve sa vérité évangélique et échappe à la tentation d’enorgueillir le cœur, il doit toujours être vécu dans la foi et l’humilité. Cela exige de rester enraciné dans la communion avec le Seigneur parce que « personne ne jeûne vraiment s’il ne sait pas se nourrir de la Parole de Dieu ». (Benoît XVI, Catéchèse, 9 mars 2011). En tant que signe visible de notre engagement intérieur à nous soustraire, avec le soutien de la grâce, au péché et au mal, le jeûne doit également inclure d’autres formes de privation visant à nous faire acquérir un mode de vie plus sobre, car « c’est l’austérité seule qui rend authentique et forte notre vie chrétienne ». (Saint Paul VI, Catéchèse 8 février 1978).

Je voudrais donc vous inviter à une forme d’abstention très concrète et souvent peu appréciée, celle des paroles qui heurtent et blessent le prochain. Commençons par désarmer le langage en renonçant aux mots tranchants, aux jugements hâtifs, à médire de qui est absent et ne peut se défendre, aux calomnies. Efforçons-nous plutôt d’apprendre à mesurer nos paroles et à cultiver la gentillesse : au sein de la famille, entre amis, dans les lieux de travail, sur les réseaux sociaux, dans les débats politiques, dans les moyens de communication, dans les communautés chrétiennes. Alors, nombre de paroles de haine laisseront place à des paroles d’espoir et de paix.

Ensemble

Enfin, le Carême met en évidence la dimension communautaire de l’écoute de la Parole et de la pratique du jeûne. L’Écriture souligne également cet aspect de nombreuses façons. Par exemple, lorsqu’elle raconte, dans le livre de Néhémie, que le peuple se rassembla pour écouter la lecture publique du livre de la Loi et, pratiquant le jeûne, se disposa à la confession de foi et à l’adoration afin de renouveler l’alliance avec Dieu (cf. Ne 9, 1-3).

De même, nos paroisses, les familles, les groupes ecclésiaux et les communautés religieuses sont appelés à accomplir pendant le Carême un cheminement commun dans lequel l’écoute de la Parole de Dieu, tout comme celle du cri des pauvres et de la terre, devienne une forme de vie commune et dans lequel le jeûne soutienne une authentique repentance. Dans cette perspective, la conversion concerne, outre la conscience de chacun, le style des relations, la qualité du dialogue, la capacité à se laisser interroger par la réalité et à reconnaître ce qui oriente véritablement le désir, tant dans nos communautés ecclésiales que dans l’humanité assoiffée de justice et de réconciliation.

Biens aimés, demandons la grâce d’un Carême qui rende notre oreille plus attentive à Dieu et aux plus démunis. Demandons la force d’un jeûne qui passe aussi par la langue, afin que diminuent les paroles qui blessent et que grandisse l’espace pour la voix de l’autre. Et faisons en sorte que nos communautés deviennent des lieux où le cri de ceux qui souffrent soit accueilli et où l’écoute engendre des chemins de libération, nous rendant plus prompts et plus diligents à contribuer à l’édification de la civilisation de l’amour.

Je vous bénis de tout cœur ainsi que votre cheminement de Carême.

LÉON PP. XIV

Du Vatican, le 5 février 2026,

 Mémoire de sainte Agathe, vierge et martyre.

1er Dimanche : Résister !

En ce premier dimanche de notre Carême, j’ajoute le pilier de la prière qui doit trouver plus d’espace dans notre quotidien, sous toutes les formes qui nous conviennent : silencieuse dans l’oraison ou l’adoration, vive dans la louange et les chants liturgiques, méditative dans les prières de l’Eglise et le chapelet, ou encore d’intercession pour porter les difficultés ou les grâces reçues.

Ce qui aide Jésus dans l’épreuve des tentations, c’est sa communion avec Dieu, le Père, sûr de son amour et fort de la foi donnée qui permet de résister dans le combat contre le mal. Résister me fait penser à un film magnifique qui devait sortir sur les écrans en 2020 et qui relate des faits réels. Il s’agit de « Résistance ». Le Covid a empêché sa diffusion. Il évoque comment un jeune juif nommé Marcel Mangel va entrer dans la résistance pour sauver des enfants orphelins juifs en les évacuant d’abord en France libre, puis en Suisse, malgré les persécutions de la Gestapo de Lyon dirigé par Klaus Barbie. Ce jeune a pris comme nom de résistant Marcel Marceau. C’est par le mime qu’il aide les enfants à reprendre confiance. Il deviendra ensuite cet artiste connu dans le monde entier, influençant même un certain Michaël Jackson.

Résister est toujours d’actualité et le Carême est notre espace d’entrainement pour savoir dépasser tout ce qui dévalorise notre humanité appelée à être divinisée en Dieu. C’est pourquoi notre Vivre Ensemble est un enjeu essentiel. Ce dimanche, il me semble important d’entendre le témoignage de celles et ceux qui rejoignent les personnes incarcérées dans les centres de détention. Voici le témoignage d’une détenue, Justine (propos recueillis par Aurore de Neuville, journaliste et parus dans le Prions en Eglise du mois de février, page 270) :

« Pour traverser l’ombre de la vie carcérale et supporter ma condition, j’ai choisi la foi. Une foi qui m’a toujours animée, mais qui se redessine pour tracer un chemin vers la liberté intérieure. Croyante et pratiquante de longue date, à mon arrivée en détention, je ne m’estimais plus digne de l’amour de Dieu. J’ai néanmoins sollicité la visite de l’aumônier. Quand celui-ci est entré dans ma cellule, les paroles du Christ « je suis la porte » ont pris tout leur sens. Aussitôt, j’ai su que Dieu serait à mes côtés dans cette épreuve. Il m’a envoyé les personnes formidables de l’aumônerie, avec lesquelles je partage ma foi lors du cercle biblique hebdomadaire et des messes, et auprès desquelles je trouve une tendresse fraternelle si réconfortante. Parallèlement, j’ai développé une relation plus intime avec le Seigneur. J’ai appris à l’accueillir. Il me donne la force non seulement de survivre, mais aussi de continuer à vivre d’amour et d’espérance. Je prie. Plus que jamais. Différemment. Et Prions en Eglise m’est devenu indispensable. Il inspire ma « petite messe personnelle » qui apaise mes soirées solitaires. Je suis le déroulé de la liturgie et recompose chaque jour mon rituel. J’aime particulièrement agrémenter ce moment de nombreux chants (ouverture, Kyrie, envoi…) découpés au fil du temps dans le magazine et collés dans un carnet qui porte en couverture l’adage de saint Augustin : « Qui chante bien, deux fois prie ». A cela, je mêle mes propos mots, dans un cœur à cœur avec Dieu et la Vierge Marie. Quand je fais défiler les pages de mon carnet, c’est mon chemin de foi qui se dessine, et les traces de mes pas dans ceux du Christ. L’autre rendez-vous est la messe du Jour du Seigneur. Je prends des notes de l’homélie, j’y ajoute les réflexions tirées des commentaires de Prions en Eglise ; et je remplis la colonne du dimanche dans mon agenda. De quoi guider ma semaine ! »

Bon Carême à vivre ensemble ! Bien à vous en Christ !

Damien, votre frère curé