Chers frères et sœurs en Christ,
Voici la dernière méditation de notre archevêque ! Je le dis parfois avec le sourire : Quelle est la plus longue partie de la messe ? Ce n’est ni celle de la Parole avec l’homélie, ni celle de l’eucharistie mais bien l’envoi à la fin, qui est pourtant très brève. Cependant, l’envoi se développe dans toute la semaine qui suit comme l’eau de la source va abreuver la terre depuis les pentes du ruisseau, jusqu’au fleuve qui se déverse dans la mer, l’océan.
Cette image me dit également que ce mouvement suit un certain ordre logique. Il en va de même pour bien comprendre ce qu’est l’obéissance. Ce mot n’a pas bonne presse depuis un certain mois de « mai 68 » et un slogan « il est interdit d’interdire ! ». Si l’idéal était justifié, celui d’une certaine émancipation, il enlevait en même temps le rapport de l’équilibre social nécessaire au bien-être de tous.
Nous avons commencé le temps de l’Avent en nous appuyant sur le verbe : Se réveiller qui suscite une attention. Puis, c’est le verbe : Se convertir, le deuxième dimanche de cet Avent, c’est-à-dire s’adapter. Le troisième, nous a fait méditer sur le verbe : Annoncer qui nous fait passer d’un état personnel à celui d’une relation. Ce dernier dimanche avant Noël, c’est le verbe Obéir qui a été choisi. Le bon sens de ce verbe implique d’abord une écoute attentive, puis une adhésion pour faire évoluer une situation, la faire grandir.
Le prêtre qui est ordonné promet obéissance à l’évêque et à ses successeurs. Le religieux fait vœu d’obéissance à l’abbé du monastère. La responsabilité de l’évêque, de l’abbé est de faire croitre le prêtre, le moine. Jésus le dit dans la parabole des talents (Matthieu 25, 14-30). Il en est de même pour des enfants qui sont sous l’autorité de leurs parents. Donner de bonnes règles, un code pour que la croissance soit positive. Et n’oublions pas l’obéissance du Christ ! Par son Incarnation jusqu’à la Croix et dans sa Résurrection, Jésus ne dévie à aucun moment de sa mission, accomplir la volonté du Père, révéler l’Amour de Dieu, jusqu’au don de sa vie.
Ce dimanche, nous vous proposons de débattre en place de l’homélie sur 3 questions. Après avoir entendu saint Paul : « Amener à l’obéissance de la foi toutes les nations païennes », comment je comprends cette formulation ? Joseph nous paraît-il servile ou libre devant le projet de Dieu, celui que porte sa fiancée, Marie ? Et moi, est-ce que j’estime être obéissant à ce que Dieu souhaite ? Méditons et partageons ensemble ! Bonne suite dans notre chemin pour célébrer ensemble le don de Dieu, la Nativité de Jésus, l’Emmanuel !
Damien, votre frère curé.
L’eucharistie, Le Christ nous envoie.
A la fin de la messe, le diacre ou le prêtre, proclame : « Allez dans la paix du Christ ! ». Les portes de l’église s’ouvrent et les disciples de Jésus sont envoyés dans la vie du monde comme les premiers apôtres au jour de Pentecôte. Les disciples de Jésus s’en vont rejoindre leurs frères et sœurs, là où ils vivent. La messe ne pas fait pas d’eux des gens vivant à part, isolés du monde. Au contraire, elle les envoie au cœur du monde.
Le mot ‘messe’ a la même résonnance que le mot ’mission’. En latin, ‘Ite missa est’ ne signifie pas ‘allez, la messe est dite’, comme si les formalités une fois terminées, il était temps de partir, mais, « Allez, c’est l’envoi ! C’est la mission ! ».
L’eucharistie s’achève, et cependant, d’une certaine manière, le sacrement continue de se déployer dans l’existence des hommes et des femmes, fécondant par eux la vie du monde. La messe transforme les baptisés en ‘disciples-missionnaires’. Elle fait d’eux des témoins au quotidien d’un art de vie eucharistique. Cet art de vie chrétienne s’exprime dans la capacité à rendre grâce, à prier et écouter la Parole de Dieu, à vivre dans le service fraternel et le don de soi en prenant soin des plus petits, annonçant la lumière de l’Évangile.
L’eucharistie est par nature missionnaire. L’eucharistie rend les baptisés participants à la mission du Christ. La rencontre de Jésus Vivant dans l’assemblée convoquée, grâce à l’écoute de sa Parole, à la communion à son corps et son sang et au partage fraternel, fait de ses amis des hommes et des femmes unis à Lui par l’Esprit Saint appelés à continuer son œuvre d’évangélisation en œuvrant pour la justice, la paix et la réconciliation dans le monde, dans le dialogue avec tous les hommes et les femmes de bonne volonté.
« L’eucharistie est une Pentecôte quotidienne », dit le père Cantalamessa. La Pentecôte de l’eucharistie, signifiée particulièrement au moment de l’envoi, se réalise lorsque les baptisés, nourris par la vie donnée de Jésus, ne craignent pas, dans le courage de l’Esprit-Saint, de rejoindre les plus lointains pour témoigner en gestes et en paroles de la Bonne Nouvelle du Salut, en commençant par les plus petits qui sont les préférés de Dieu.
La célébration de l’eucharistie est en elle-même un lieu d’évangélisation. Elle est un signe prophétique dans le monde d’aujourd’hui. Non pas que les chrétiens et les communautés qui célèbrent la messe soient parfaits. Pourtant, malgré les tensions et les conflits qui peuvent survenir en eux, ils sont appelés à témoigner de la capacité étonnante reçue du Christ, à accueillir, s’unir et se réconcilier. La communion fraternelle dans l’eucharistie de personnes de générations, de milieux de vie, d’origines, de cultures ou de situations chrétiennes très diverses est un signe et un appel forts dans notre monde tenté par trop de polarisations et de sectarismes. Ce témoignage de communion dans la diversité est un cadeau missionnaire de l’eucharistie.
Le Chemin de Renouvellement Missionnaire du diocèse de Lille encourage à faire naître dans toutes les paroisses des fraternités missionnaires. Elles ont des lieux de rencontre par lesquels, grâce au partage et à la prière, les croyants en Jésus permettent à l’eucharistie de se déployer dans leurs vies et les relance dans la mission, témoignant que le culte de l’eucharistie est sans cesse appelé à se déployer dans des existences eucharistiques.
L’eucharistie est le cœur battant d’une Église missionnaire qui se rassemble en Jésus mort et ressuscité et se laisse envoyer par Lui. Elle est le signe du Christ qui ne cesse d’appeler du milieu du monde des hommes et des femmes à le rejoindre dans sa communion, pour les propulser dans leurs lieux de vie y devenant son sel et sa lumière. L’eucharistie est la respiration vitale de l’Église. Amen.
+ Laurent LE BOULC’H Archevêque de Lille